Interview

Le Petit Quentin, magazine d'actualité de Saint-Quentin-en-Yvelines a rencontré André Chabot

Le Petit Quentin : Depuis 1970, vous sillonnez la planète pour tout savoir des cimetières et des rites funéraires. Pourquoi cette quête ?

André Chabot : À cette époque, la mort est entrée dans ma vie d’une manière brutale : en l’espace de six mois, j’ai perdu une enfant, ma grand-mère, et mon grand-père s’est suicidé. Depuis, j’en ai peur. Pour rendre la chose supportable, je la traque, la détourne et en ris. C’est une façon de m’habituer à l’idée que je suis mortel. Appelez ça un exutoire, un exorcisme peut-être !

PQ : Pour vos reportages, vous utilisez un pseudonyme, le professeur  Chabotopoulos, sorte d’envoyé spécial de la mort.
L’humour est-il indispensable ?

AC :Le sujet est suffisamment grave pour ne pas le prendre au sérieux ! Alors, je m’amuse. J’embarque à bord de mon « chabotocoptère », cercueil métallique muni d’une hélice (photo), censé m’emmener sur les lieux de mes reportages, les cimetières du monde entier. J’essaie de comprendre comment la société s’occupe de ses morts.

PQ : L’exposition « Le Dortoir des anges » présente une vision très personnelle, presque irrévérencieuse de la mort.

AC : J’ai voulu jouer avec les anges, ces petits êtres asexués. Je ne crois ni à l’au-delà ni au paradis, mais avec cette exposition, je fais comme s’il y en avait un, non pas douceâtre et blanchâtre tel qu’on  l’imagine, mais à mon image. Il s’agit d’un dortoir peuplé d’hommes que j’admire, des libres-penseurs avec lesquels je pourrais discuter et boire un verre de bon vin ! Je ne suis pas un sculpteur, mais un assembleur d’objets. Quelqu’un qui met en scène les objets rituels de la mort pour renverser les tabous.

PQ : Finalement, cette production vous rend immortel ?

AC : D’une certaine manière, oui ! Mon corps va pourrir, devenir une charogne avant de partir en poussière, mais mon « oeuvre », livres et archives photographiques, restera derrière moi. C’est un beau pied de nez à la mort pour un « bizarre de l’art », ne croyez-vous pas ?

Propos recueillis par Élisabeth Charle