Philippe Godderidge

portraitPhilippe Godderidge Toutes les pistes que j‘empreinte convergent vers un seul point qui serait l’idée que je me fais de la céramique actuelle ; Une expression libérée de l’idée de “savoir faire”, ou du moins, éloignée d’une “façon de faire” récurrente, une céramique privilégiant le sens et l’expérimentation, une pratique aventureuse et prospective.

Il faut tenir une position loin de la maîtrise des choses et plus curieuse des résultats possibles, disponible à tout écart, à toute digression, s’éloignant de l’idée même de production, se rapprochant peut-être de la contemplation...

Je dois faire... acceptant que la matière même m’entraîne dans la pensée, refusant l’idée de l’artiste démiurge, créateur de chef d’oeuvre hiérarchisant ainsi les rapports au public ou le reléguant au rang d’admirateur. La rencontre ne peut se faire que dans l’idée d’égalité. Le travail, pour ça, ne doit pas être porteur de prouesses techniques, il doit simplement parler de soi, profondément, sincèrement, parler de ses errances , de ses doutes , de sa difficile humanité. parler de la solitude: Nous nous devons de faire ce choix pour accéder à la singularité même de l’oeuvre. . Le manque de courage ici ne peut que nous entraîner vers la médiocrité.... Cette idée de la solitude face au monde me semble être le fondement de l’acte artistique.

Tout travail devrait être une tentative de l’individuel vers l’universel Entre la pensée et la nature même des choses , entre l’intellect et le sensible, loin des théories. Une constante recherche d’un point de départ juste et sans concession qui parlerai réellement de moi et non pas de l’idée que je me fais de moi-même.
Philippe godderidge

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Les sources irradiantes

A une époque où se multiplient réseaux virtuels et autoroutes de l’information, comment et pourquoi choisit-on d’emprunter « un chemin de terre » ?

La question, pour moi, ne s’est en fait jamais posée. J’ai toujours travaillé la terre. De manière artisanale d’abord, puis, après une dizaine d’années d’apprentissage, sur des chemins plus artistiques.

Mais la réalité physique de ce matériau m’intéresse chaque jour davantage. Plus encore que la terre c’est la pratique entière de la céramique qui me pousse à continuer. Travailler sur des actes fondamentaux (modeler, pétrir, cuire) et s’inscrire par là dans la continuité d’une histoire qui dure depuis 10 000 ans. J’aime cette idée d’être parmi les autres. L’histoire de la céramique est intimement liée à l’histoire de l’humanité. Elle débute au moment où les peuples nomades se fixent, devenant cultivateurs, éleveurs et potiers. Il y a dans cette pratique quelque chose d’incroyablement archaïque et pourtant les choix liés au sens du travail et à sa mise en place restent d’une totale actualité. Il me semble que quelle que soit la pratique et les matériaux choisis, les questionnements profonds sur le sens de l’engagement de l’artiste dans son travail sont toujours contemporains.

Les nécessités techniques de la terre et de sa cuisson ne sont-elles pas paradoxales à un désir de liberté et d’expérimentation ?

Philippe Godderidge, 8 artistes & la terre, ARgile éditions, p. 326


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