Jacqueline Lerat

© F.GOALEC" class="lightbox no-icon no-icon" target="_blank">Jacqueline-Lerat-dans-son-jardin-photo© F.GOALECJacqueline Lerat© F.GOALECLe livre « Huit artistes et la terre »  a été l’occasion pour Jacqueline l’occasion de reprendre tous ses carnets et d’y rechercher le fil rouge de son activité créatrice depuis son apprentissage à Mâcon jusqu'à ces seize années « 1992-2008 » où elle s’est retrouvée seule dans son atelier pour élaborer des œuvres très épurées.

Les quatre œuvres présentées se situent à un moment de plénitude pour sa création. Elle a après la disparition de Jean Lerat de nouveau l’ambition de créer de grandes œuvres. Elle lit beaucoup de philosophie, de poèsie. Elle voyage. Elle profite de la vie.

Les œuvres présentées à Saint-Quentin-en-Yvelines n’ont jusqu’à présent été montrées dans aucune exposition.

Jacqueline a créé entre 1997 et 2002, une quinzaine de colonnes qui sont parmi les plus grandes pièces qu’elle ait réalisées. Elles ont été montées jour après jour, morceaux de terre par morceaux de terre progressivement telles ces plantes qui croissent au cours de l’été. Elle rend compte de ce travail marqué chaque jour par l’inquiétude d’atteindre l’harmonie.

  • ceramiques
  • deux-tiges-courbes

Elle rend compte de ce travail dans un de ses cahiers à la date du 6 avril 2000 :
« La pièce se termine par deux arrondis, le premier est, le deuxième peine. Je suis comme le pianiste qui essaye de trouver l’appui sur la note juste pour que le son soit et écrive la phrase à jouer (ou le geste du danseur trop extérieur).Je trouvais qu’il n’y avait aucune vie dans ce deuxième arrondi qui termine la pièce. Je l’ai défait. Il faut qu’il arrive à mon regard, juste. Et si il y a une ouverture, serait ce pour accueillir le ciel ?

La terre matériau en contrepoint. Je la traite en trop petite dimension pour qu’elle soit vue à notre époque

19 mai
Je n’arrive pas à terminer la pièce. Il me faut du silence. Alors je reste là à regarder les iris dans le vase losange, deux iris un bordeaux, l’autre mauve pâle et une belle rose ancienne. De quel bonheur s’agit-il ? Comment le regard touche, frôle, s’empare de cette harmonie pour qu’il y ait une telle émotion.


1 juin

La forme, la matière tellement inséparables jusqu’à un dit improbable, un dit qui se construit dans cette rencontre ou de cette rencontre intime.


6 juillet

Je prononce le mot « corps » en parlant, en travaillant les pièces. Depuis longtemps (matières et formes inséparables). Un texte de Jean-Luc Nancy l’énonce plus profondément, éclaire le mot. Pourquoi je disais « corps » alors qu’il n’y a pas grand signe qui évoque un corps. On m’a répondu : il n’y a pas de tête. J’ai parfois répondu pour calmer le jeu : c’est moi la tête. Serait-ce l’âme d’après le texte de Jean-Luc Nancy, cette sortie du corps ? »

Jacqueline a écrit ces textes au moment où elle réalisait ces colonnes. Ces écrits montrent l’importance de la nature et du corps dans la création de ces œuvres. A partir de cette période on peut sentir l’importance de la station debout à la limite de la rupture, traduction de son amour de la danse et/ou de son inquiétude pour sa propre stabilité.
C’est également à cette époque que Bernard Dejonghe se trouve à Bourges pour une exposition de ses « Siliciums, nuages claires ».
Elle note : « La lumière et l’intimité, l’émotion le trouble ». Est ce à ces moments qu’une partie de l’aventure des « huit » a pu commencer à se nouer ?
La quatrième pièce « deux tiges courbées » est le double de la pièce présentée à La Borne en septembre 2010. Elle écrit à la date du 22 aout 2002, époque à laquelle cette œuvre a été réalisée :
« Décoller de l’un pour un autre mais retrouver l’unité (en parlant d’une pièce en deux parties distinctes et qui malgré tout se retrouvent).



Le corps du délit… cette pièce qui résiste.
Essayer de se retrouver dans cet « entrecroisée » des mains. Ce besoin par moment de les faire se rencontrer comme pour vérifier une présence l’une à l’autre…Les pièces seraient signe… ? Une envie de faire signe. Laisser sa place à l’invisible. »

Elle fait à cette époque souvent référence au corps et au monde. A-t-elle réussit par ces œuvres à témoigner de la place de l’homme sur cette terre ?

Jean-François Lerat